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Les fruits secs

Histoire et domestication

  Introduction

Les plantes cultivées sont le plus grand héritage de la préhistoire. Comment, où, et quand apparaît la domestication des plantes cultivées devient lentement connu bien qu’encore mal compris. Dans certains cas, la distance génétique qui existe entre les plantes sauvages et les plantes domestiques est si grande (maïs et crucifères, par exemple) que leurs origines demeurent obscures.
Dans d’autres cas, les origines des grains antiques (blé, maïs, riz et sorgho) et des légumineuses domestiquées au Néolithique ont suscité un très vif intérêt. Le puzzle est à présent résolu grâce aux nouvelles évidences basées sur la biologie moléculaire. La domestication des fruits méditerranéens antiques (date, olive, raisin, figue, figue de sycomore, et grenades) apparaît vers la fin des âges néolithiques et du bronze entre 6000 et 3000 ans avant JC. Des fruits aussi variés que : le citron, la banane, la pomme, la poire, le coing, le nèfle, l’amande, l’abricot, le cerise, la pêche et la prune ont été domestiqués en Asie de l’Est et Centrale et ont atteint l’Ouest vers l’Antiquité. Un certain nombre de fruits à chair et fruits à coque ont été domestiqués seulement aux 19ème et 20ème siècles (myrtille, mûre, noix de pécan et kiwi). Des fruits très connus et intensivement collectés comme l’airelle, le pitaya, la noix du Brésil, le durian ne sont pas encore domestiqués.

A. Les origines de l’agriculture

Au Moyen-Orient, le passage de l’utilisation des charognes, de la collecte et de la chasse à l’agriculture, voici environ dix à douze mille ans, s’est réalisé très rapidement. Le changement de la collecte de nourriture à la production de nourriture intervient nécessairement par la domestication des plantes et des animaux. Ceci implique :

  • La création de techniques de sélection de l’espèce,

  • Le développement de techniques de culture,

  • Des changement génétiques provoqués par la sélection,

  • La découverte de pratiques spécifiques (pollinisation, formation, traitement) souvent uniques pour chaque espèce.

Bien que les origines précises demeurent encore floues, la première évidence archéologique d’une agriculture développée apparaît en Mésopotamie, et peu de temps après, dans les vallées du Nil et de l’Indus. Les connaissances actuelles suggèrent un développement postérieur en Chine, en Amérique Centrale, en Afrique, et peut-être en Nouvelle-Guinée.

 B. Origines de culture de fruits dans le croissant fertile

Une deuxième révolution néolithique coïncidant avec l’âge du bronze intervient entre 6000 et 3000 ans avant Jésus Christ, impliquant le passage de villages à des communautés urbaines. On associe l’évolution des centres urbains au développement d’une agriculture organisée. En effet, elle correspond au début de la culture des fruits qui signifie un engagement à long terme avec un territoire. Il faut savoir qu’un verger peut rester productif pendant plus d’un siècle (c’est le cas de la date et de l’olive). C’est la culture du fruit qui lie des humains sur un territoire particulier. Peut -être a-t-elle ainsi contribuée au concept de la territorialité, au développement des villes-états, et par la suite des nations? Certains supposent que la culture du fruit, contrairement à sa collecte, a débuté entre 4000 à 3000 ans avant JC. L’évidence imagée la plus précoce de la culture du fruit se trouve peut-être dans un grand vase d’albâtre représentant un dattier, connu sous le nom de vase d’Uruk, qui fut trouvé dans le niveau de Jemdet Nasr à Uruk, et qui date d’environ 3000 ans avant JC.

Le développement de la culture du fruit dans le croissant fertile est apparu respectivement en Mésopotamie (civilisation du Tigre et de l’Euphrate) et en Egypte (vallée du Nil). Les apports postérieurs des espèces viendront de la Grèce, de la Perse, de la Turquie, de l’Inde et de la Chine. Les premières espèces cultivées étaient des espèces indigènes ayant une valeur alimentaire. C’est le cas en Egypte où le palmier a été l’une des espèces les plus précocement cultivées. Les contacts entre l’Est et l’Ouest datent probablement des environs de 1000 avant JC et se sont intensifiés avec les campagnes d’Alexandre (356-323 avant JC). Par conséquent à l’époque gréco-romaine, la plupart des fruits de l’ancien monde étaient cultivés. Avec la découverte de l’Amérique et les grandes explorations, de nouveaux échanges eurent lieu avec les Amériques.

C. La sélection des espèces

Les premiers fruits cultivés sont des espèces indigènes qui présentent un intérêt évident. Ceci est clairement le cas en Egypte du palmier dattier indigène qui a été la première espèce cultivée, suivie d’une succession de fruits comme la figue de Sycomore et la grenade (voir tableau ci-dessous). La culture des fruits en Mésopotamie comprend la date et l’olive (4000 ans avant JC), le raisin, la figue, et la grenade (3000 ans avant JC). Apparaissent ensuite : la pomme, la poire, le coing, et la nèfle. Les contacts entre l’Est et l’Ouest datent de 1000 ans avant JC. Ils sont mis en évidence par la présence de soie sur les momies égyptiennes et se sont intensifiés avec les campagnes d’Alexandre le Grand (356-323 ans avant JC). Ainsi, dès les ères grecques et romaines, on relève une grande variété de fruits : fruits d’origine asiatique y compris le citron et autres fruits comme l’amande, l’abricot, la cerise, la pêche et la prune. A l’ère des grandes explorations des 15ème et 16ème siècles, on assiste à un échange important de fruits en provenance des Amériques. C’est ainsi que l’ananas, le cacao, les fraises, la papaye et les tomates atteignent l’Europe, l’Asie, et l’Afrique tandis que les fruits asiatiques tels que la banane, la mangue, et le kaki atteignent les Amériques. Des fruits asiatiques, tels que le kiwi, sont des introductions relativement récentes, et un grand nombre de fruits tropicaux d’ Asie (durian, mangoustan, salaak) et des Amériques (passiflore comestible, sapote) sont toujours cultivés à échelle réduite.

 Tableau 1. Présence de fruits en Egypte

Récolte de fruit Nom latin   Première mise en évidence (dynastie ou  période)  Type d'évidence
Palmier dattier  Phoenix dactylifera    Prédynastique  Archéologique
Palmier de Doum Thebaica de Hyphaene    Prédynastique  Archéologique
Figue de Sycomore  Sycomorus de Ficus    Prédynastique  Archéologique
Jujube (épine du Christ) Ziziphus spina-Christi  I (Vieux Royaume)  Archéologique
Figue Ficus carica  II (Vieux Royaume) Artistique
Raisin Vitis vinifera    II (Vieux Royaume)  Archéologique
Hegelig Aegyptiaca de Balanites  III (Vieux Royaume)  Archéologique
Persea (lebakh )  Shimperi de Mimusops   III (Vieux Royaume)  Archéologique
Palmier d'Argun  Argun de Medemia  V (Vieux Royaume)  Archéologique
Caroube Siliqua de Ceratonia  XII (Royaume Moyen)  Archéologique
Grenade  Punica granatum    XII (Royaume Moyen)  Archéologique
Prune égyptienne  Myxa de Cordia   XVIII (Nouveau Royaume)    Archéologique
Olive  Europea d'Olea   XVIII (Nouveau Royaume)    Archéologique
Pomme  Malus domestica XVIIII (Nouveau Royaume)    Littéraire  
Pêche  Prunus persica  Gréco-Romaine    Littéraire  
Poire Pyrus communis  Gréco-Romaine    Archéologique
Cerise Prunus avium cerasus  5 avant JC    Archéologique
Citron Medica de citron    200 avant JC    Littéraire  

 

D. Traitement et stockage

La difficulté pour beaucoup de fruits à être facilement stockés ou transformés apparaît comme l’un des facteurs qui freine leur commercialisation. La plupart de nos fruits domestiqués ne peuvent être conservés longtemps après leur récolte, de sorte qu’un séchage s’avère souvent nécessaire pour garantir un approvisionnement durant toute l’année. Le séchage au soleil de beaucoup de types de Prunus, particulièrement les pruneaux et les abricots, facilite leur conservation Dans le cas de la date, la teneur élevée en sucre permet un stockage prolongé ; les raisins secs sont depuis longtemps appréciés pour leur douceur concentrée qui facilite leur stockage. C’est le même principe que pour les confitures où un ajout élevé de sucre permet une longue conservation.

 

Origine, Domestication et Culture des Fruits

A. Fruits Méditerranéens

1. Palmier dattier.
Le palmier dattier (dactilifera,Arecaceae de Phoenix) est un palmier indigène, venu d’Afrique du Nord jusqu‘en Inde du Nord en passant par la péninsule arabique. Les nombreuses vertus de la date lui valent d’être transformée en arbre sacré par les Babyloniens et les Assyriens. Elle semble être le premier fruit cultivé et bien apprécié au Moyen Orient à l’âge du bronze. Le palmier dattier s’adapte parfaitement à des étés extrêmement chauds, très peu pluvieux, mais nécessite une source d’humidité souterraine. Un proverbe arabe décrit le palmier dattier comme ayant “ses pieds dans l’eau et sa tête dans le feu du ciel.”À l’heure actuelle, on dénombre plus de 3000 variétés de dattes, parmi lesquelles 60 sont largement développées. Certaines sont connues depuis des milliers d’années. Elles sont réparties en doux et demi-sec selon leur teneur en humidité et en sucrose.

2. Raisin.
 Les raisins sauvages du Vieux Monde (sylvestris, Vitaceae de Vitis) sont originaires de la ceinture Caspienne du Sud, de la Turquie et des Balkans. Ils ont été largement distribués dans le secteur méditerranéen du Nord y compris les mers Noire et Caspienne. Les raisins sauvages sont des plantes pérennes qui prospèrent dans des conditions plus froides et humides que les olives. La récolte de grains sauvages a précédé pendant longtemps la domestication de l’espèce comme en font foi des graines carbonisées dans de nombreux sites préhistoriques en Europe. La présence du raisin destiné à être vinifié au Proche Orient apparaît dès le 8ème millénaire avant JC mais son expansion vers l’Est a été limitée par son manque de résistance au froid et aux précipitations élevées en été. Vers 5000 ans avant JC, et peut-être plus tôt, le raisin domestique, V. vinifera, a émigré d’Anatolie en Syrie, et de là, en Palestine. On constate des signes de domestication à l’âge du bronze en Mésopotamie, en Palestine, en Syrie, en Egypte, et en Grèce. Au 2ème millénaire avant JC, on dispose de récipients pour le stockage du vin et des raisins secs. Un certain nombre d’espèces de raisins a été découvert dans le Nouveau Monde et domestiqué. Une espèce américaine, V labrusca, a été rapidement domestiquée tandis que d’autres ont été croisées avec V. vinifera pour développer des variétés résistant au phylloxera. La culture du raisin nécessite un
travail plus important que pour les autres fruits. On rencontre de très nombreuses références à ces pratiques dans la Bible. La protection des raisins contre les oiseaux et les voleurs est un dispositif courant dès qu’apparaît la culture de la vigne, et la construction de murs et de tours est associée aux vignes dans l’Israël antique. Les raisins sont conservés de deux manières. La plus simple est le séchage au soleil, et l’entreposage à long terme. La fermentation du jus dans le vin a probablement était basée sur la technologie de la bière, une pratique plus ancienne. La culture de la vigne et la technologie du vin sont des thèmes que l’on retrouve dans les écritures bibliques, bien que l’ivresse ait été mal perçue. Le vin est la boisson de choix en Grèce et en Italie à l’époque. L’Islam proscrit le vin mais les raisins et les raisins secs sont très appréciés.

 3. Figue.
La figue (Ficus carica, Moraceae) est une espèce considérée comme un des fruits classiques du bassin méditerranéen. Des signes de la culture de la figue apparaissent au Néolithique et à l’âge du bronze, soit 4000 ans avant JC. Sa domestication est généralement contemporaine de celle de l’olive et du raisin dans le bassin méditerranéen oriental ; elle est citée par le Roi Urukagina en 2900 ans avant JC et elle est très appréciée par les Assyriens dès 2000 ans avant JC. Des chroniques égyptiennes indiquent que la culture de la figue est pratiquée en Canaan au 3ème millénaire avant JC. On peut réaliser jusqu’à trois récoltes de figues chaque saison. La première récolte, appelée le profichi, se forme sur le bois de l’année précédente. La seconde, nommée mammoni, est produite sur les branches de l’année en cours ; les figues sont souvent pollinisées par des guêpes de la récolte de profichi. La dernière récolte s’appelle mamme et reste sur l’arbre pendant la saison d’hiver. La domestication de la figue est associée à l’augmentation de la taille du fruit (syconium), et à son contenu en sucre. Il existe une grande variété de figues connues. Condit (1955) en a décrit plus de 600, dont beaucoup peuvent être des synonymes. Les figues sont consommées fraîches ou séchées ; elles peuvent être transformées en pâte à des fins pâtissières. Le fruit peut être fermenté et distillé dans l’alcool.

B. Fruits D’Asie Centrale

Fruits à pépins :
Le genre des Rosaceae comprend les pommes, poires et coings. Il existe 24 espèces primaires de pommes (Malus) en Europe, Asie Centrale et de l’Est et 3 en Amérique du Nord. La pomme consommée de nos jours vient probablement d’Asie Centrale. La poire a une histoire identique à l’exception de la domestication qui s’est faite à la fois vers l’Ouest et vers l’Est, donnant des fruits de forme et de goût différent (poire nashi du japon par exemple).

Fruits à noyau :
Le genre Prunus, Rosaceae, est celui de l’amande, de l’abricot, de la cerise (douce et amère), de la pêche (et de la nectarine), et de la prune. Exceptée l’amande qui est cultivée pour sa graine, tous sont des fruits à chair tendre. L’introduction de l’abricot, de la cerise, et de la prune dans le bassin méditerranéen est associée aux campagnes d’Alexandre le Grand (356-323 ans avant JC) qui a conquis la Perse, puis a continué à l’Est par le Turkestan, l’Afghanistan, le Pakistan, et l’Inde du Nord-Ouest jusqu’à l’Indus. La création de colonies grecques et de centres commerciaux apparaît entre le bassin méditerranéen et l’Inde, le long de la section occidentale des itinéraires commerciaux qui, plus tard, ont doublé la route de la soie. Les noms romains pour les fruits suggèrent leur origine présumée [la pêche (persica) de Perse, l’abricot (armeniaca) d’Arménie, la cerise (cerasus) de Kerasun sur la Mer Noire], mais il est clair que ces lieux ne sont que des étapes sur la route de l’Asie centrale et de l’Est.

 1. Amande
L’amande (Prunus dulcis) pousse à l’état sauvage en Asie Centrale et du Sud-Ouest ; On trouve deux types principaux, amande douce et amère, de la Turquie et la Syrie au Caucase jusque dans le désert de Tian-shan et dans les montagens de l’Hinduhush

 2. Abricot
L’histoire de l’abricot (armeniaca de Prunus) remonte à 5000 ans avant JC en Chine avec sa découverte par l’empereur Yu (2205- 2198 ans avant JC), et les premières références historiques en 658 avant JC. Des vergers ont même été décrits en 406-250 avant JC. La greffe des abricots apparaît environ 600 ans avant JC avec des variétés clairement définies depuis cette époque. Près de 11 noms de villes chinoises ont intégré le mot « xing » qui signifie abricot. En Asie centrale, l’abricot semble avoir été naturalisé dans la Sogdiane (associée à Samarcande et l’Arménie) mais le manque d’abricots sauvages laisse penser que l’Arménie soit simplement l’itinéraire par lequel les abricots arrivent en Europe. Alexandre le Grand introduit l’abricot en Grèce et en Epire d’où il gagne ensuite l’Italie. La référence à l’abricot par Dioscorides, Columella et Pline, et non par Theophraste, Caton et Varron, indique une arrivée à Rome au 1er siècle avant JC. Le nom de l’abricot est dérivé du gréco-arabe Al-praecox qui signifie le fruit de primeur. La vieille appellation “apricock” a subsisté en anglais jusqu’au 17ème siècle. Le contenu élevé en sucre de ce fruit le rend approprié au séchage. En Chine, l’abricot est conservé par salaison et fumage.

 3. Cerise
La cerise est représentée par trois groupes principaux, la cerise douce (Prunu avium), la cerise tart (amère) (Prunus cerasus) et un hybride des deux précédents (Prunus fruiticosa)

 4. Prune
Les prunes présentent la plus grande diversité de l’espèce Prunus. Elles ont été domestiquées sur trois continents. Les trouvailles archéologiques des prunes en Europe remontent aux périodes néolithiques. On dénombre un large éventail d’espèces avec un fruit comestible : la principale est Prunus domestica (prune européenne indigène en Europe) ; P. Insititia (prune de quetsche indigène en Europe) ; P. Salicina ( indigène en Chine) et P. americana (prune américaine, indigène en Amérique du Nord).

L’industrie actuelle de la prune porte sur la P. domestica et la P. salicina. Ni l’une ni l’autre de ces espèces n’ont d’ancêtres sauvages, ou plus exactement, n’ont eu besoin d’être adaptées et transformées par l’homme pour entrer dans son alimentation.

C. Fruits de Chine et d’Asie du Sud-Ouest

 1.Pêche
Elle est originaire de Chine (Prunus persica) domestiquée ente 3300 et 2500 avant JC. Elle a probablement été introduite en Perse vers le 2ème ou 1er siècle avant JC. 

2. Citrus
Les Rutacae se constituent de 6 genres dont trois ont une valeur commerciale Citrus, Poncirus et Fortunella (kumquat). Le genre Citrus est originaire d’Asie du Sud-Est et comprend les citrons, les pamplemousse, les oranges, les mandarines. La domestication de ces fruits a commencé 1000 avant JC. Les oranges sont arrivées en Europe au 11ème siècle via les arabes. Le nom arabe haranj, Perse Harang, et Espagnol Najanra est l’origine du nom de la couleur Orange.

3. Pistaches
Pistacia vera originaire du Centre Asie

 4. Noix
Juglans sinensis

D. Fruits d’Amérique

Arachides, Arachis hypogaea 
Noix du Brésil Bertholletia excelsaet 
Noix de cajou Anacardium occidentales
Ces fruits sont originaires du Centre Brésil-Paraguay

E. Fruits Européens

1.Noisette Corylus avellana L.

2.Abricot
L’abricot, Prunus armeniaca L., fait partie de la famille des Rosaceae, sous famille des Prunoideae. Il fait partie du même genre que les prunes (Prunophora), et les croisements entre prunes et abricots donnent des hybrides.

Centre d’origine des fruits